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Discours de François FILLON
Strasbourg – 6 avril 2017

 

Seul le prononcé fait foi.

Mes amis,
Je retrouve Strasbourg et les militants de la France avec la détermination de vaincre.
Je suis la cible d’un acharnement impitoyable. Mais ce qui ne tue pas rend plus fort, et cette force je vous la donne et je la mettrai au service des Français qui ont bien besoin d’un Chef d’Etat après la présidence hésitante de François Hollande.
Merci pour votre résistance et pour votre fidélité. On voudrait vous faire taire, vous voir marcher à l’ombre. Mais partout dans notre pays, je vois grandir cette volonté d’être respecté et de percuter les prétendus scénarios écrits d’avance.
Vous verrez, le peuple français est libre et le moment venu son verdict en surprendra plus d’un.
Du fond du cœur, merci à vous tous, merci aux élus qui m’accompagnent…

A l’hôtel de ville de Strasbourg, Rouget de L’Isle chanta la Marseillaise pour la première fois.
Je suis venu à Strasbourg vous parler de la culture que nous avons en partage, de nos racines, de notre histoire et des liens qui tissent notre sentiment national.
La place Kléber rappelle qu’au lendemain de la Révolution française, l’Alsace a donné à la jeune République française ses officiers les plus intrépides à la tête des armées de Moselle ou du Rhin.
A Valmy, Longwy, Mayence, elles ont combattu pour les frontières de la nation.
Ici, c’est dans le creuset de la République que s’est fondue la réconciliation des communautés juives, protestantes et catholiques.
La nation française vient de loin, soutenue par l’ardeur et la bravoure d’une longue lignée de paysans, de héros, de scientifiques, d’artistes…
Il y a un étrange tabou dans notre pays.
On n’ose plus prononcer les mots « nation », « patrie », « racines », « culture ».
Ceux qui devraient être les plus beaux mots de la langue française sont devenus des mots qu’on prononce à voix basse.
On est priés de se faire discrets.

Comment en sommes-nous arrivés là ?
Par quelle faiblesse de l’esprit peut-on en arriver à dire « je ne connais
pas d’art français !», et « il n’y a pas de culture française » ? Quel somnifère idéologique peut bien aveugler M.Macron lorsqu’il dit des choses pareilles ?
Ne nous trompons pas de combat. Je ne vous parle pas, comme Marine le Pen, de mondialisation.
La mondialisation n’est pas une idéologie, c’est une réalité.
Qu’elle ait des conséquences, oui. Qu’elle nous oblige à nous transformer pour rester dans la compétition, oui ! Je ne suis pas naïf. Mais la solution, ça ne sera jamais de se retrancher derrière sa ligne Maginot et de renoncer à se battre en attendant la prochaine défaite ! Je crois profondément que la France est un acteur majeur du monde d’aujourd’hui, qu’elle a son mot à dire et des armes pour se défendre.

L’idéologie que je combats est plus pernicieuse. Elle prône le déni de soi et, pour certains, la haine de soi. Elle voit dans notre culture un accessoire honteux, dangereux.
Elle a pour nom « multiculturalisme », qui est en réalité un aplatissement culturel.

Depuis 35 ans, cette idéologie nous mine de l’intérieur.
Elle a culpabilisé ceux qui se sentaient patriotes.
Elle leur a fait croire qu’aimer leur pays, c’était exercer une forme de rejet des autres. Que ce sentiment était honteux. Et qu’un pays, ce n’était rien d’autre qu’un agrégat d’individus.
Ce discours pénitentiel, je n’en veux plus !
Il fait douter les Français d’eux-mêmes. Il les fait douter de l’avenir de leur nation.
Je dénonce cette idéologie, ce nihilisme qui ne porte aucun progrès collectif, qui tue les âmes.
Comment peut-on s’intégrer à un pays dont on dit qu’il n’a pas de culture et pas d’identité ?
Comment se reconnaître dans une histoire dont on vous dit qu’elle n’a
rien produit, sinon des crimes contre l’humanité ?

Ce type de discours qui condamne notre héritage commun est irresponsable.
Pire, il a fait de nous la proie idéale de l’islamisme radical, qui a bien compris que c’était le talon d’Achille de l’occident.
Il mise sur les droits consentis par les sociétés occidentales pour les retourner contre elles.
Il instrumentalise nos valeurs humanistes pour mieux les nier.
Si nous esquissons la moindre réaction, il crie à la victimisation et la discrimination.
Cette aberration, c’est notre lâcheté qui l’a rendue possible.
Lorsque nous avons reculé devant des revendications communautaires au nom d’un prétendu droit à la différence, nous avons été infidèles à nous-mêmes, infidèles à la citoyenneté, infidèles à l’égalité, à la fraternité. Car par-delà nos origines, nos religions, nos régions, nous sommes d’abord et avant tout, français.
Je veux porter la voix de ces millions de Français qui sont fiers de leur pays. Qui veulent former une nation rassemblée. Qui veulent réussir ensemble.
Nous devons nous réveiller et protéger notre civilisation.

« Plutôt la barbarie que l’ennui », le mot de Théophile Gautier, résonne dangereusement à nos oreilles. Il nous met en garde contre les deux dérives qui guettent notre civilisation :
– celle de la barbarie d’un Islam dévoyé qui a juré notre ruine
les joyaux de sa propre culture, ses monuments, ses bibliothèques, son héritage millénaire ;
et détruit
– celle de l’ennui, « qui dans un bâillement, avalerait le monde » selon Baudelaire.
Aujourd’hui, la situation nous commande d’être fermes contre la barbarie et de rester éveiller face aux sirènes des extrémismes, ceux de l’extrême droite, de l’extrême gauche, ou la démagogie de l’extrême- centre.
Il n’y a pas de nation aux mouvements aussi imprévisibles que la nôtre, capable de faire alterner aussi rapidement les « cimes et les abîmes ». Nous sommes à une de ces heures de vérité : plutôt que les frissons éphémères, je vous propose de redresser la France !
Depuis le début de cette campagne, je suis le seul à dire combien il est urgent de parler de transmission, d’histoire, de patrimoine et de culture. Qu’est-ce qu’une nation sinon, avant toute chose, l’incarnation d’une transmission ?

La transmission est un fil d’or qui court de générations en générations. La transmission c’est passer le flambeau de main en main et préserver notre humanité de l’obscurantisme.
Quand une société se dit « à quoi bon transmettre », c’est le signe qu’elle se résout à sa fin.
Qu’elle s’enferme dans un égoïsme de court terme qui sacrifie le devenir des générations futures.
Comment réchauffer l’âme française, comment la partager, la faire aimer ? C’est l’une des questions centrales de cette élection.
J’y réponds en refondant notre République à partir de l’école, de la famille, de la culture.
Je propose d’incarner la Nation dans un récit national.
Parce que « Liberté Egalite Fraternité », ce ne sont pas des règles de management que l’on grave sur le fronton des mairies!
La liberté, c’est Jeanne d’Arc, Lucie Aubrac, Germaine Tillion, le Général de Gaulle !
L’égalité, c’est Olympe de Gouges, Rousseau, Jules Ferry !
La fraternité, c’est l’abbé Pierre, ce sont les médecins sans frontière ! La nation, ce sont ses héros et ses héroïnes.
Nous avons perdu le fil de notre histoire en oubliant qu’elle a été
incarnée et que nous sommes les héritiers d’hommes et de femmes qui ont auréolé la France de leur courage.
Je suis le seul à dénoncer les failles de notre système éducatif.
Les 12 millions d’élèves français, on leur apprend l’Histoire à l’envers, l’histoire parcellaire !

Pendant ce temps, les enfants chinois apprennent par cœur la liste des dynasties qui ont régné sur leur pays durant trois mille ans et ressentent la fierté d’appartenir à une grande civilisation.
Nous devons redécouvrir notre héritage historique.
Je veux sauvegarder, d’urgence, l’apprentissage de la langue, de la syntaxe, de l’orthographe, de la littérature.

Je veux revoir l’enseignement de l’Histoire à l’école primaire afin que l’on n’apprenne pas aux enfants à douter en premier, à comprendre le passé ensuite.
Si on veut former des citoyens capables de prendre avec recul une thèse révisionniste lue sur Internet, capables aussi d’adhérer à des projets politiques de long terme, l’école ne doit pas renoncer à faire le récit de la nation.
Que proposent mes adversaires ?
Chez Hamon, Mélenchon, Le Pen, la nation est une réalité hors sol, qui vit en autarcie avec des règles utopiques.
Chez Emmanuel Macron, le concept national est démodé ; la France de
demain, c’est un gigantesque espace de co-working où chacun vaque à ses occupations. L’histoire française est trop étroite. L’identité est un carcan. L’héritage est un frein.
En Marche, c’est l’idéologie du bougisme, qui se déclare ennemie de toute forme de permanence.

Contre le passé, contre l’expérience partagée, contre l’idée même d’une culture française, il propose la circulation, la pluralité, la fascination d’une mobilité universelle.
Moi, plutôt que le déni de soi, je propose la connaissance de soi. Plutôt que la négation des racines, je propose la mémoire partagée !
Plutôt que le marketing du vide : je propose l’appropriation d’une vérité dans les cœurs.
Mes amis,
Avec cette campagne présidentielle, retissons le fil rompu.
J’invite les Français à l’aventure la plus passionnante qui nous soit donnée : nous plonger dans notre culture et nos savoirs.
Je les invite à vivre le projet de Charles Péguy, celui d’une culture « incorporée dans chaque citoyen français»
Pour cela, je veux que l’on aborde la culture française avec la largeur de vue d’un Malraux, la curiosité de Michel Leiris, la passion militante d’Albert Camus !
Où commence, où s’arrête la culture ? Elle commence quand les superstitions, les mythes, les coutumes sortent de la nuit pour devenir littérature, religion, peinture, art, spectacle.
Cette alchimie accompagne les aléas de l’Histoire.
Les cultures vivent, prospèrent ou meurent ; c’est une longue marche vers l’inconnu.

Elles peuvent disparaître sous les sables, couler au fond des mers, périr par les flammes.
Mais elles meurent surtout de barbarie et d’indifférence. Comme Palmyre en 2016.
Tous les islamistes du monde pourront toujours détruire le grand arc triomphal et le lion d’Athéna, jamais ils ne détruiront ce que cette civilisation a apporté d’original et d’unique.
C’est en étant le plus unique que l’on devient le plus universel, parce qu’irremplaçable.
Je ne crois pas aux génies apatrides.
Le général de Gaulle disait qu’« au fond des victoires d’Alexandre, on retrouve toujours Aristote ». Les grands succès sont toujours nourris par une éducation, une mémoire et des valeurs qui guident les peuples. Les grandes cultures sont d’abord issues du génie des peuples. Elles naissent là où la géographie et l’histoire leur ont permis de prendre racine, et où l’intelligence et la création ont élu leur terre promise.
La culture chinoise n’a rien à voir avec la culture turque ; la française ne ressemble pas à l’indienne; pas plus que l’anglaise à la russe. Chacune est une exception et vient du tréfonds d’un peuple.
La Culture est l’air que nous respirons. Elle est ce que nous sommes.
La Culture française est née de vingt siècles de recherche d’un équilibre singulier entre la passion et la raison, entre les racines et le ciel, entre la différence et l’universalité.

Qu’ont de commun Pascal et Voltaire, Hugo et Claudel, Poussin et Manet, Mansart et le Corbusier?
Ils ont en partage cette certitude qu’il nous appartient, à nous Français, de parachever le monde en y mettant de la raison, de la justice, de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.
Le progrès a toujours pour origine un patrimoine, une somme de connaissances, un savoir-faire, sur lesquels les siècles à venir viennent prendre racine.
Qui n’aime pas sa culture, ou y est indifférent, ne pourra jamais se dire moderne.
Il existe une voie française de la Culture qui, si elle venait à se taire, ne serait remplacée par aucune autre.
Sa survie nous concerne tous.
Nous devons transmettre la terre de Richelieu, la langue de Victor Hugo, la raison de Montesquieu, la vision de Claude Monet et de tous ceux qui ont vécu, aimé et défendu la vibration française.
Tant de peuples nous envient !
Avec nos 1000 musées, qui accueillent
deux fois plus de visiteurs que
le reste de l’Europe.
Avec notre patrimoine de 40 000 églises, romanes, gothiques, baroques, classiques, modernistes !
Avec nos châteaux de la Loire, de Versailles, de Fontainebleau, du Haut-Koenigsbourg !

Avec nos rendez-vous mondiaux, de Cannes à Deauville, d’Avignon à Montpellier, de Arles à Angoulême.
83 millions de visiteurs étrangers sont venus l’an dernier voir notre patrimoine et jouir de notre art de vivre. Eux ne doutent pas de ce que nous sommes.
Cette attention nous oblige.
Ne cédons pas un pouce de notre rang et de notre influence intellectuelle.
Le monde nous envie notre culture brillante.
Mais le modèle culturel français, c’est plus que cela : c’est la conviction que la culture doit être un service public, qu’elle se diffuse et s’apprend, et pour être légitime, qu’elle doit être partout accessible à tout un peuple. Je veux refonder notre politique culturelle
Via l’éducation, d’abord.
En intégrant mieux l’enseignement des arts aux cursus éducatifs dès l’école maternelle.
En articulant mieux l’histoire de l’art et l’histoire générale au collège et au lycée.
Donnons-nous les moyens de protéger notre patrimoine.
Je propose un engagement fort de l’État, de 400 millions d’euros par an sur 5 ans pour restaurer et mettre fin à la dégradation des monuments et objets d’art.

Enfin, aidons le ministère de la Culture à rester le moteur de notre modèle culturel.
Depuis Malraux, le travail accompli a été considérable. Il a servi d’exemple à d’autres pays.
Il y eu des défis, comme l’irruption des collectivités locales et des industries culturelles.
L’irruption du mécénat, aussi, qui s’est imposé comme une pratique complémentaire de l’action de l’Etat. Recourir au mécénat est stratégique pour pouvoir conserver le patrimoine historique français en bon état.
Trop de préventions et de distorsions entre public et privé l’empêchent encore de trouver toute sa place. Ayons le courage de conduire un vrai travail d’harmonisation, et de définir comment le secteur culturel privé peut trouver sa place.
Dans ce pays qui a vu naître la figure de l’intellectuel, ce serait être infidèles à notre histoire que de penser que nous n’avons plus besoin d’éclaireurs ni de beaux esprits.
Si je suis élu, je souhaite que les intellectuels retrouvent le chemin de l’Elysée, pour que ceux qui sont engagés dans l’action puissent s’appuyer sur ceux qui l’observent et la pensent.
Faire la différence entre la pensée et l’information, la séquence et la permanence : les intellectuels ont toujours joué ce rôle en France.

Enfin, défendons notre langue française, voyageuse, subtile et combattante.
En 2030, il y aura 600 millions de francophones sur notre planète. Y a- t-il plus large horizon pour notre culture ?
Tout notre Projet est là, sur nos étagères, dans nos dictionnaires d’une langue française, portée depuis des siècles par des aventuriers, savants, coopérants, religieux ou militaires.
Elle est notre plus grand atout. Contre l’ensauvagement du monde, les migrations aveugles, les sectarismes communautaires, elle est à la fois une muraille et un phare, une citadelle et un forum.
Cet apprentissage du français qu’en tant que ministre de l’éducation nationale j’avais fait inscrire aux nombres des fondamentaux de l’école primaire, il faut le marteler, l’imposer, le défendre, et toujours et encore le diffuser.
Vous le savez : j’ai proposé à Angela Merkel de bâtir ici, à Strasbourg, une fondation franco-allemande qui rappellera au monde que la Renaissance, la Réforme, l’Humanisme, les Lumières, sont nés de convergences d’esprits et d’artistes continentaux.
Je veux que ce musée célèbre cette saga multi-séculaire.
Je veux qu’il soit vivant, que les œuvres circulent depuis les grands musées européens.
Je veux que le message de l’humanisme européen soit porté par les chefs d’œuvre eux-mêmes car ils sont les plus éloquents.

Et je souhaite que ce soit ici à Strasbourg, capitale de l’Europe, et héritière de la République des Lettres des humanistes, que ce message rayonne.
Notre continent a toujours été un prodigieux foyer de création et de savoir.
Des universités millénaires comme Bologne, la Sorbonne ou Heidelberg ont, au travers de leurs réseaux d’intellectuels, d’artistes et de scientifiques voyageurs, fondé une terre d’éternels pionniers qui relie toutes nos cultures nationales.
Je suis aujourd’hui convaincu que le redressement de l’Union Européenne passe par une prise de conscience culturelle.
Nous avons un patrimoine commun qui forge l’âme de l’Europe. Honorer nos racines, c’est célébrer notre héritage européen, grec, romain, antique, médiéval, chrétien, tout un héritage humaniste qui a illuminé le monde.
Après les atrocités de la première guerre mondiale, il a fallu repenser cet humanisme qu’on avait cru inébranlable.
Le choc de la 2e guerre mondiale fut pire encore.
Après la barbarie incommensurable d’Auschwitz et du Goulag, comment se dire encore humanistes ?
Cet humanisme a été mis à rude épreuve. A deux reprises au XXème siècle, il a bien failli disparaître et l’Europe avec lui.
Et pourtant, l’humanisme européen a survécu aux camps de la mort, là où tant d’artistes de toute l’Europe ont perdu la vie.

Je ne connais pas de message d’espoir plus grand que ce rebond dont la civilisation européenne s’est montrée capable.
Sur les ruines de l’après-guerre, les européens ont accepté, ensemble, de recommencer à écrire de la poésie, à jouer de la musique, et à créer après avoir connu l’abîme.
Cet héritage nous confère une immense responsabilité.
L’Europe est aujourd’hui menacée d’éclatement et de division.
Elle a connu une grave crise économique.
Elle connaît maintenant une grave crise politique.
Si nous nous voulons que la génération suivante voie dans le drapeau bleu étoilé autre chose qu’une parenthèse éphémère, il faut agir vite.
Voici 60 ans que la France construit l’Europe aux côtés des nations européennes.
Cette construction a produit des succès immenses mais aussi révélé des insuffisances criantes.
A sa suite, je propose un constat simple : la construction européenne, c’est l’œuvre des Etats et d’abord l’œuvre de la France et de l’Allemagne.
La réalité de l’Europe, ce sont des Etats, ce sont des Nations.
Le général de Gaulle nous avait pourtant prévenus : « Chaque peuple est différent, avec sa personnalité incomparable. Si vous voulez que des nations s’unissent, ne cherchez pas à les intégrer comme on intègre des marrons dans une purée de marrons. »

La priorité, c’est de remettre en route le moteur franco-allemand, en panne depuis 5 ans.
La vérité, c’est que suis le seul candidat de cette campagne à proposer de redémarrer l’Europe de façon réaliste.

Il y a ceux pour qui l’Europe est la source de tous nos maux, le bouc- émissaire idéal de nos impuissances et de nos échecs.
Marine Le Pen, Mélenchon et bien d’autres rêvent d’en finir avec 60 années de coopération, mais pour quoi ? Pour revenir au chacun pour soi face aux sept milliards d’habitants que compte notre monde ?
Que proposent-ils au juste ? Le retour insensé du franc, les 32 heures, les déficits à n’en plus finir ? Prendre le bateau lorsque nos créanciers débarqueront pour réclamer leur dû ?
La fin de l’Europe, c’est plus qu’une infidélité au projet de Jean Monnet et de Robert Schumann. C’est le saut dans le vide. C’est la tentation du pire. Ce n’est pas mon choix.
Je ne suis pas non plus de ceux qui se proclament pro-Européens mais ne veulent rien changer.
M. Macron propose de continuer à rêver l’Europe. Il invite les 27 à rêver ensemble.
Il les appelle à une grande « convention démocratique pour de nouvelles bases ». Il espère qu’un jour, un projet sortira de cette grande méditation contemplative.
Ça, je vous le dit : c’est l’attitude qui a conduit l’Europe dans le mur !

Cinq années d’immobilisme en plus, c’est condamner l’Europe de manière inéluctable.
Le monde attend un sursaut européen et c’est à la France de le porter. Je suis heureux d’assumer ce message ici, dans la capitale de l’Europe. Ici, il y a 70 ans, il n’y avait plus de passerelles au-dessus du Rhin. Puis on a construit le Pont de l’Europe.
Dans quelques jours, on verra le premier tramway enjamber la frontière jusqu’à la gare de Kehl.
Ici plus que partout ailleurs, vous savez tout ce que l’Europe nous a apporté et nous apporte.
La semaine dernière, Theresa May a lancé le Brexit.
Deux jours après, on a vu resurgir des conflits bilatéraux qui avaient disparus au sein de l’Union européenne -sur Gibraltar, sur l’Ecosse… Récemment, le Premier ministre Hongrois, M.Orban, a adressé un questionnaire à ses concitoyens qui n’est rien d’autre qu’un pamphlet officiel contre l’Union européenne…
Nous devons stopper l’éclatement de l’Europe au plus vite.
Je m’engage à être ce chef d’Etat déterminé dont l’Europe a besoin en France. Je m’engage à reprendre l’initiative qui incombe à la France et l’Allemagne depuis le Brexit.
C’est un anniversaire un peu tendu pour le traité de Rome . Pour ses 60 ans, l’Europe est face un choix : réagir ou disparaître.

L’Europe de demain doit être politique et concentrée sur ses priorités stratégiques.
Ma priorité, c’est de faire de la zone euro une véritable puissance économique mondiale, capable d’assurer sa souveraineté économique et sa prospérité.
Pour cela, nous devons doter la zone euro d’un vrai gouvernement économique qui réunira les chefs d’Etat et de gouvernement.
La zone euro renforcée devra se fixer pour objectifs ambitieux d’assurer la convergence fiscale entre ses membres d’ici 2025.
Dans dix ans, je souhaite que nous ayons fait de notre monnaie commune une monnaie de réserve et de règlement, comme la monnaie américaine.
Euro et Dollar doivent avoir la même crédibilité sur la scène financière internationale.
Je suis pour une Europe lucide sur ses intérêts économiques, qui ose pratiquer une préférence européenne pour défendre ses intérêts face àla Chine et aux Etats Unis.

Le commerce est le nouveau champ de bataille de la mondialisation. Prenons-en acte et donnons-nous de nouvelles règles fondées sur un principe de stricte réciprocité. !
La voie européenne, ce n’est pas de se barricader… Mais ce n’est pas non plus de céder à un libre-échange sauvage, sans règles ni contrôles !

Nous devons protéger nos entreprises, nos PME, nos emplois et nos agricultures.
Nous devons cesser de faire des concessions dans les négociations commerciales.
Nous devons refuser les accords de libre-échange qui ne sont pas dans l’intérêt de nos économies et de nos emplois.
Nous devons être aussi rigoureux vis-à-vis des multinationales étrangères qui opèrent sur notre marché que les Américains le sont vis- à-vis de nos entreprises.
Des centaines d’entreprises européennes sont sous la menace de sanctions américaines totalement injustifiées au regard du droit international et des règles européennes. On se souvient de l’amende de 9 milliards de dollars infligée à une banque française pour avoir méconnu la législation américaine. Cela doit cesser.
Nous devons rapidement nous doter des outils nécessaires pour faire respecter nos procédures, nos règles, nos exigences, nos lois fiscales par toutes les multinationales qui veulent opérer sur notre marché intérieur.
En matière de marchés publics, nous devons exiger de nos partenaires une stricte réciprocité.
Il n’est pas acceptable que l’Europe ouvre ses marchés publics à 95 % aux entreprises étrangères alors que ce n’est le cas que de 30% aux Etats-Unis.

Ce n’est pas ici, à Strasbourg, que je vous apprendrai qu’il existe en Europe un capitalisme rhénan, qui a ses singularités et se distingue du néolibéralisme économique qui a cours ailleurs dans le monde ! L’Europe, c’est aussi ça : un modèle d’économie de marché plus respectueux de la protection sociale des travailleurs et de l’environnement.
Oui, il existe bien un modèle économique spécifique à l’Europe. Un modèle fondé sur l’économie de marché, mais qui ne voue pas pour autant une confiance aveugle au marché.
Nous sommes pour la liberté, mais dans un cadre qui serve le bien commun.
En matière économique, soyons aussi exigeants entre nous.
La directive sur les travailleurs détachés a progressivement installé un véritable dumping social entre nos nations.
A l’intérieur de chaque état membre pour un travail égal, le salaire doit être égal et les cotisations sociales aussi. Il faudra renégocier intégralement la directive sur les travailleurs détachés pour faire
respecter ce principe.
Si la négociation n’aboutit pas, nous suspendrons son application sur le territoire national.

J’ai appelé à bâtir en Europe une nouvelle Union de la Sécurité.
Pour répondre à ce défi, nous devons profondément réorganiser Schengen.

Nous devons unir nos forces pour assurer la protection de nos frontières extérieures ; pour traiter ensemble les demandes d’asile et reconduire chez eux ceux qui n’en relèvent pas.
Nous devons aller plus loin, et faire une priorité de la coopération en matière de lutte contre l’immigration clandestine.
Réclamer de bénéficier de l’aide européenne d’un côté, et refuser de coopérer avec l’Europe pour lutter contre l’immigration illégale de l’autre, ce n’est plus possible !
L’Europe ne doit pas être une passoire et la France non plus, d’où la nécessité pour nous de développer une politique d’immigration par quotas, une politique qui conditionne les prestations sociales à deux années de présence en France.
Enfin, il reste à construire l’Europe de la défense.

Pour ceux qui ne l’auraient pas encore compris, l’ami américain est en train de replier son parapluie.
Sommes-nous oui ou non des européens prêts à nous défendre, ou sommes-nous simplement des vassaux, des consommateurs, des pacifistes naïfs incapables de protéger la paix ?
Les Européens doivent consacrer à leur Défense les moyens qu’elle mérite : 2% du PIB, la règle est la même pour tous, elle doit être respectée !
Les Européens doivent assurer leur autonomie stratégique, ce qui veut dire qu’il va falloir maintenir sur notre continent une industrie militaire de pointe plutôt que d’acheter systématiquement américain ou russe.

Enfin, il faut que les Européens opèrent ensemble quand leurs intérêts convergent, comme au Sahel.
La France ne peut pas se battre tout le temps toute seule lorsqu’elle défend en réalité les intérêts de tous les européens. Sur ces sujets, clairement, les coopérations bilatérales sont plus réalistes que les grands projets à 27.
C’est la raison pour laquelle nous avons signé le traité de Lancaster House avec les Britanniques en 2010. Il faudra en signer d’autres, avec d’autres pays incontournables, et je pense évidemment à l’Allemagne. Le Brexit, en amputant l’Europe d’un tiers de ses capacités militaires, a renforcé cette évidence : la nouvelle alliance militaire de défense qui permettra à l’Europe de reprendre son destin en main, c’est à la France et l’Allemagne de la construire !
Mais mes amis, tout cela ne sera vraiment possible que si la France est forte chez elle.
Pas de redressement européen sans redressement français !
Pas d’influence française, sans une France puissante.
Une France qui a remis ses finances en ordre. Mon objectif est de réduire de 100 milliards d’euros en 5 ans nos dépenses publiques pour éviter la faillite.
Un France qui a libéré son économie et libéré l’emploi. Je baisserai massivement les charges sur les entreprises ; je sortirai des 35 heures et assouplirai le marché du travail pour conquérir le plein emploi.

Une France qui a restauré l’autorité de la République.
Je rétablirai les peines planchers, je moderniserai nos forces de police et de gendarmerie et je les soutiendrai car elles méritent le respect. Pour l’Europe, je veux une France debout, une France qui a rallumé le meilleur moteur de l’action : je veux parler de ce qu’il y a dans votre cœur, je veux parler de la fierté nationale !

Soyez fiers mes amis d’être français.
Soyez fiers de votre culture, soyez fiers de votre histoire, soyez fiers d’aller vers l’avenir pour le conquérir car rien n’est plus noble qu’un peuple qui se dresse pour tenir son destin.
Oui, soyez fiers de votre drapeau tricolore et mêlez ses trois couleurs aux étoiles de l’Europe…
Faites, mes amis, de votre fierté l’étincelle de toutes les fiertés qui vous entourent : rallumez-les, rassemblez-les, entrainez-les, et tous ensemble, tous volontaires pour l’action, tous pour faire grandir les feux de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, nous gagnerons !

Vive la République, vive la France !

François FILLON

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