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Dans une lettre ouverte, Fabienne Keller, sénatrice LR vice-présidente de la Commission des affaires européennes et ancienne maire de Strasbourg, regrette la victoire du Brexit au Royaume-Uni mais espère que ce choc contribuera à se poser les bonnes questions pour « sauver l’Europe ».

Chers amis britanniques,

Vous avez fait le choix de renoncer à former une union politique avec nous. Cette union ne vous convainc pas et ne vous convient pas. Nous respectons votre décision qui nous blesse, car votre peuple est souverain.

L’européenne convaincue, que je suis, regrette ce choix, bien que je sache qu’il s’inscrit dans une tradition d’irréductible singularité, garante de ce même esprit d’indépendance que j’admire chez vous et qui vous a fait vous lever contre l’Europe napoléonienne et hier encore, contre l’Europe hitlérienne, vous conduisant à accueillir le général de Gaulle en 1940 quand personne d’autre que vous ne comprenait son combat.

« Qui pourrait interdire aux peuples d’affirmer ce qu’ils sont? »

Votre décision s’inscrit dans cette longue et étonnante exception nationale qui fait qu’aujourd’hui, plus de quatre siècles après avoir quitté Rome pour fonder une autre église, vous vous engagez dans un autre Brexit et vous quittez Bruxelles devenue à vos yeux une nouvelle Rome trop pesante pour vous, trop sûrs de trouver dans le risque pris, outre de nouvelles et fabuleuses opportunités, un regain de liberté.

Tout cela vient sans doute du fait que votre pays est une île et que souvent chacun d’entre vous semble une île à lui tout seul. Vous aimez cultiver l’excentricité et vous redoutez toute uniformisation qui ne rapporterait pas quelque chose en espèces sonnantes et trébuchantes, ou qui n’aurait pas sa contrepartie en termes d’égalité de chances dans la compétition ou encore en termes d’adaptabilité à une équipe ou à la société que vous voyez comme une grande équipe sur le modèle de la « Big Society » préconisé par David Cameron, votre Premier ministre. Qui pourrait interdire aux peuples d’affirmer ce qu’ils sont et de disposer d’eux-mêmes quand c’est ainsi qu’ils ont toujours réussi?

« Vous nous avez offert l’exemple le plus abouti de démocratie parlementaire »

Aussi, en quittant l’Union européenne, êtes-vous fidèles à votre histoire, à votre esprit insulaire, à votre amour de la liberté et donc à vous-mêmes. Nous ne saurions vous en vouloir sachant que vous nous avez offert l’exemple le plus abouti de démocratie parlementaire et que vous placez au-dessus de tout la souveraineté nationale. Tout cela a une cohérence certaine.

C’est pourquoi je ne chercherai pas plus avant ce qui est propre à votre nation et qui fonde votre décision. Je préfère essayer de reprendre avec vous les arguments que vous partagez avec le reste de l’Europe inquiète de son avenir. Je m’arrêterai sur ce slogan de campagne: « I want my country back ». Il apparaît comme une revendication souveraine face à une emprise trop grande de Bruxelles, mais il exprime aussi et surtout le désir de retrouver le visage de l’Angleterre trop vite transformé par la globalisation et son corollaire, l’immigration quand celle-ci trop massive devient communautariste. Ce sentiment d’être progressivement privé de son propre pays traverse aujourd’hui toute l’Union européenne et votre slogan risque d’être repris un jour à l’unisson, au rebours de la déclaration généreuse de la Chancelière Merkel annonçant que l’Allemagne accepterait tous les migrants sans limite si bien que le visage de l’Allemagne se serait plus jamais le même.

« Je ne désespère pas que nous restions partenaires »

Votre décision de quitter l’Union, par crainte d’une trop grande immigration, nous donne à réfléchir sur les mesures que doit prendre l’Europe pour rester maîtresse de son destin tandis que s’amorce un grand mouvement de population du sud vers le nord. Du succès des solutions que nous trouverons pour régler ce problème majeur dépendra la survie de l’Union européenne comme celle de l’Europe et de ses valeurs universelles. C’est pour moi une priorité absolue.

De même votre décision, par le doute qu’elle instille sur la volonté de l’Europe de se défendre efficacement contre ses ennemis et les ennemis des Droits de l’Homme que sont l’organisation Etat islamique et le terrorisme, donne plus d’acuité à l’obligation qui nous incombe de rendre l’Europe plus sûre en la défendant militairement. C’est le deuxième chantier essentiel pour sauver l’Europe.

Enfin votre décision de quitter une Europe qui s’accommode du chômage massif des jeunes et du chômage de longue durée reportant toujours à plus tard un assouplissement du marché du travail, nous amènera, je l’espère, à remettre en tête des priorités une vraie réforme de ce marché.

Je forme le voeu que votre décision nous conduise dans cette direction que vous n’auriez pas reniée, je crois, et où, chemin faisant, vous nous auriez été utiles et je ne désespère pas que nous restions partenaires dans le seul combat qui compte, celui des valeurs universelles de l’Europe.

Fabienne KELLER, Sénatrice du Bas-Rhin

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Retrouvez la tribune sur www.lexpress.fr :

http://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/fabienne-keller-chers-amis-britanniques-votre-decision-nous-donne-a-reflechir_1806188.html

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